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Dr. Aumeer

Gynécologue

Dr Farhad Aumeer, gynécologue
Le médecin exerçant à l’hôpital Wellkin Hospital tire la sonnette d’alarme sur les différents types de cancers affectant les femmes. Le Dr Farhad Aumeer met également l’accent sur le dépistage et la sensibilisation.

Quel est le constat au niveau du cancer à Maurice ?

L’année dernière, nous avons eu 1 400 cas de cancers de femmes à Maurice. Ce chiffre est à la hausse. Le cancer du sein arrive en pole position, suivi du cancer du col, de l’utérus et de l’ovaire. Les décès liés au cancer du sein aurait dû baisser en incidence car il y a un très bon programme de dépistage qui a été mis en place dans les centres de santé publics. Sur les trois dernières années à Maurice, on a eu 483 cas de cancer du sein ce qui représente 34% du nombre des cancers.

Qu’est-ce qui doit être fait ?

Il faut que chaque femme sache s’examiner et sache comment procéder. La palpation des seins est primordiale et dès qu’on détecte une lésion qu’elle soit bénigne ou non, il faut que cela soit vu par un spécialiste pour pouvoir rassurer ou éliminer une lésion précoce s’il s’agit d’un cancer du sein.

Est-ce que le cancer du sein est bien traité à Maurice ?

Je suis d’avis que la prise en charge du cancer du sein est très bien faite. La plus grosse difficulté à Maurice est la sensibilisation et l’accès aux centres spécialisés. Il est grand temps qu’une île Maurice moderne mette en place un système dépistage automatique dans tous les hôpitaux de l’île. Nous avons constaté qu’après l’introduction du dépistage du cancer du col, que le système marche bien dans les hôpitaux. Je pense que chaque hôpital aurait dû avoir un appareil de mammographie. Si on veut réduire le coût économique de santé publique, il est évident que s’il n’y a pas de dépistage, on ne pourra jamais le faire.
Pourquoi selon vous la sensibilisation est une difficulté ?

La sensibilisation est extrêmement importante. Je vous donne un exemple. Le gouvernement a mis en place l’année dernière un système de prévention du cancer du col à travers le vaccin dans les écoles pour les jeunes filles de 9 ans. L’idée en elle-même est super. Mais la sensibilisation ne s’est pas faite correctement. L’information n’est pas bien passée. Beaucoup de personnes ont été bouleversées parce qu’elles ont lu sur l’internet les complications et les effets secondaires liés à ce vaccin. La communication n’a pas été faite comme il le faut. Pour les campagnes de vaccination, il aurait fallu une table élargie avec les professionnels du privé et du public. Les campagnes de sensibilisation doivent être plus agressives, sur le lieu de travail, dans la communauté, dans des consultations et dans des institutions médicales publiques ou privées. C’est à partir de là qu’on pourra augmenter le nombre de personnes qui vont venir de l’avant et nous aurons une meilleure idée de l’incidence du cancer.

Qui sont les personnes les plus à risque ?

Aujourd’hui, on a des gens plus jeunes qui développent des cancers. La génétique est la cause principale. On a besoin d’avoir accès aux personnes qui sont à risque, parce que le risque de développer un cancer est plus élevé. Elles sont souvent porteuses des gênes BRCA1 et BRCA2. Avec un bon système de dépistage, on pourra identifier ses personnes.

Comme une patiente saura qu’elle est génétiquement à risque ?

Si vous avez eu quelqu’un dans la famille qui a eu un cancer, vous serez plus à risque. Ou si quelqu’un dans votre famille a eu un cancer très jeune. Ces facteurs doivent pousser toute la famille à se faire dépister. Si vous avez ces gênes, le risque d’avoir un cancer du sein augmentera par 60 %.

A quel âge doit-on commencer le dépistage ?

Je pense que l’âge idéal pour le dépistage est de 45 ans et il faudra le refaire tous les deux ou trois ans. Mais si vous avez un facteur de risque, le dépistage doit être plus fréquent. Le plus tôt qu’on le détecte, le mieux c’est car les chances de survie dépendent du stage et du type de cancer. Il faudra aussi prendre en considération la chirurgie qui sera pratiquée et surtout si le cancer s’est répandu dans d’autres organes.

Qu’en est-il du cancer de l’utérus ?

Heureusement, le cancer de l’utérus se manifeste par des symptômes très clairs. Par exemple, la patiente aura des saignements après la ménopause. Si vous saignez irrégulièrement ou si vous avez des saignements après des relations sexuelles, si vous avez des décharges nauséabondes qui persistent pendant vos règles, il ne s’agit pas nécessairement d’un cancer, mais ce sont des signes alarmants qu’il faut prendre en considération. Le plus grand drame, c’est que les patientes vont chez le pharmacien et prennent des médicaments comme elles prenaient des bonbons. Et ces médicaments, dans 8 cas sur 10 vont arrêter les symptômes. Malheureusement dans ces 8 cas, une patiente aura de gros problèmes. Pour pouvoir faire un diagnostic, il faut voir un médecin. C’est très rare d’avoir une patiente avec un cancer de l’utérus à un stage avancé. Quand elles consultent dès le début des symptômes, qu’il y a un bon suivi et un prélèvement adéquat de l’utérus et si elle est prise en charge rapidement, les chances de survie augmentent.

Les choses sont différentes pour le cancer de l’ovaire n’est-ce pas ?

Le «silent killer» est le cancer de l’ovaire. On le découvre dans la plupart du temps à un stage semi-avancé ou avancé, parce que les symptômes sont très vagues, s’il y en a. Dans la majorité des cas, il n’y a pas beaucoup de recours en termes de traitement. Il faudra pratiquer une «debulking surgery », ensuite avoir recours à la chimiothérapie ou radiothérapie. Par comparaison, on recommande qu’après un accouchement, il faut faire un frottis chaque 3 à 5 ans dépendant de la nature du premier frottis, donc vous vous mettrez à l’abri de ce cancer tandis que pour le cancer de l’ovaire, on n’a pas de système de dépistage.

Les traitements sont-ils efficaces ?

Les traitements qu’on propose à Maurice pour les cancers que ce soit du sein, du col, de l’ovaire ou de la vulve, n’ont rien à envier à des pays plus développés que nous. Nous avons des médecins compétents tant dans le public ou le privé. Malheureusement certains traitements dans le privé entraînent des coûts élevés. Je dirai que 95 % des traitements sont disponibles à Maurice. Tous les cancers ne réagissent pas de la même façon aux traitements. Certains réagissent mieux à la chimiothérapie tandis que d’autres non.

En quoi consistent-ils ?

La chirurgie est une arme très importante, souvent accompagnée de chimiothérapie et de la radiothérapie. La chimiothérapie a toujours été la bête noire de toutes les patientes. Les effets secondaires entraînent la perte de cheveux, l’anémie, la fatigue et la perte de poids. Mais au fil des années, les traitements deviennent plus « patient friendly ». Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’effets secondaires car le vomissement et la nausée sont toujours présents. Mais on a des médicaments pour contrôler ou diminuer les effets secondaires. Mais le plus important, c’est que la patiente est consciente que le traitement a pour but de contrôler la maladie et que les effets secondaires sont que de passage. Avec une bonne communication, les patientes arrivent à comprendre cela, sachant qu’au bout du tunnel, il y a un soulagement. Elles savent qu’au bout du compte, elles peuvent être guéries ou n’aurons plus de cancer actif dans leur organisme.

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